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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 19:54

 Star Wars 7 : combat du bien contre le mal ou miroir des Etats-Unis star des guerres encore et toujours à la recherche de la démonstration de sa puissance ? Un film efficace pour ses effets spéciaux en 3D, mais tellement pauvre sur tous les autres aspects. Et qui finalement dit le contraire de ce qu'il croit montrer. Le film pose la question de comment rester humain dans un monde mécanisé à outrance, et semble répondre que la victoire technologique est plus importante que la mort du père.

 

         Dès les premières séquences, on voit un viel homme qui semble important et sage (les gros plans sur son visage nous donne une proximité avec ses émotions). Il confit la précieuse carte électronique qui indique le lieu où se cache Luc Skywalker à un autre protagoniste. Un plan large montre le sombre méchant Kylo Ren tuer le vieil homme, et sans même qu'un plan ne revienne sur lui, l'action passe déjà à autre chose. Ce vieil homme mort ne mérite pas une seconde à perdre d'attention des spectateurs, dans une indifférence totale seule compte la sauvegarde de la carte électronique.

 

        Au bout de trente minutes, nous avons vu trois fois la même action qui consiste à voir décoller un vaisseau spacial en catastrophe et malgré les tirs ennemis. Le pilote est parfois un homme, parfois une femme, mais toujours si satisfait d'avoir pu faire fonctionner l'engin grâce à sa maitrise de la technologie.

 

Je passe sur l'héroïne qui ne cesse de réparer des mécaniques diverses et variées (oui les femmes peuvent s'approprier la technologie, merci JJ Abrams !). Je passe sur les dialogues niais et trop succints pour faire sens. Je passe sur les jeux d'acteurs toujours sur un même ton de gravité, avec regards fixes à la pelle. Je passe sur la musique classique omniprésente qui voudrait exprimer une grandeur des sentiments, et qui essaye de porter à elle seule toute l'intensité dramatique du film, en vain.

 

J'en viens à ce qui m'a particulièrement génée. La mise en scène du fils qui tue littéralement son père. Ce dernier avait promis à la princesse Leia de ramener avec lui leur fils passé du côté obscur de la force. Han Solo va naïvement livrer son coeur à ce fils cruel qui lui tranche la poitrine en deux. Nous voyons quelques pleurs de ses amis. Mais de retour auprès de la mère et la communauté des "gentils" aucune gravité n'accompagne la mort du père, aucune cérémonie en l'hommage de la vie du patriarche. Pas vraiment de temps à perdre pour ce viel homme mort  (même si Harrison Ford est un ancien de la saga), le montage choisit de vite revenir à la prochaine réjouissance : tout le monde est heureux car maintenant la carte électronique est complète !

 

Tuer le père représente la symbolique de délivrer l'homme de celui qui posait des limites à sa puissance. Ce fantasme oedipien mis en image ici est peut-être le reflet de la mégalomanie américaine, ou du moins des producteurs de ce Star War 7 distribué dans le monde entier à coup de menaces sur les journalistes qui en diraient trop. Même  George Lucas regrette d'avoir céder ses droits à Disney, déclarant : «J'ai vendu Star Wars à des marchands d'esclaves».

 

        En sortant du film, je ne peux pas m'empêcher de penser que le sentiment d'humanité est sacrifié au profit d'une valorisation des outils technologiques dans récit, comme l'art du cinéma est sacrifiée au nom de la performance technique de la réalisation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Lila - dans 2016
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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 09:17
Brooklyn

Brooklyn

Voilà du cinéma indépendant qui montre la banlieue parisienne sous le regard de Pascal Tessaud qui fût lui-même animateur de quartier à Saint-Denis. C'est frais, tendre et sincère. On ressent l'intention d'échapper aux caricatures et surtout la volonté de rendre à ces jeunes une certaine dignité.

 

 

C'est l'histoire d'une adolescente qui aime écrire et qui va développer ses talents de rappeuse grâce à une humble association de quartier.

 

C'est aussi l'histoire de son copain, rappeur doué également, mais qui devra choisir entre l'influence des héritiers du "rap conscient" et les tentations du "rap game". Sachant qu'il est plus facile de s'insérer dans une époque qui favorise l'égo trip plutôt que de faire le choix de textes qui portent des revendications sociales comme dans les années 90.

 

Les personnages sont touchants, les dialogues parfois percutants, les acteurs non professionnels s'en sortent bien, et les moments de rap confirment le talent de la jeune artiste KT Gorique.

 

Cependant, avoir un beau sujet à montrer au cinéma ne suffit pas pour faire du cinéma. Ici il n'y a que des moments qui se succèdent sans continuité émotionnelle, sans fil, sans accompagnement par le mouvement de l'image. La narration cinématographique est aussi un art, et c'est ce qui a manqué à cette fiction pour pouvoir lui insuffler une véritable intensité dramatique.

 

Par contre, je préfère ce film "Brooklyn" qui malgré ses maladresses tente de porter une représentation authentique et politique de la banlieue. Contrairement à "Bande de filles" de Céline Sciamma, qui fût salué par les critiques, alors qu'il ne s'agissait que d'un film conceptuel et bourgeois, montrant l'énergie de filles de banlieue sur une bande son électro façon branchouille parisienne, sans rien dire de noble ni de vrai ni de politique sur la question des quartiers populaires.

 

 

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 08:11
Amy - Asif Kapadia (2015)

Asif Kapadia signe ici un excellent documentaire qui retrace le parcours lumineux et tragique de la chanteuse londonienne Amy Winehouse.

 

Il montre avec une égale acuité les personnes qui l'entourent pendant sa formidable ascension artistique qui s'accompagne de terribles forces de destruction. Sur fond d'images d'archives et aussi de vidéos personnelles d'Amy filmée par ses proches depuis son adolescence, on écoute les témoins de cette histoire :  ses copines de quartier qui continuent de la soutenir malgré l'enfer de l'addiction aux drogues dures, ses puissants producteurs anglo-saxons certains bienveillants d'autres moins... et les membres de sa famille, en particulier ces deux hommes qui auraient dû la soutenir mais qui au contraire s'appuyent sur elle jusqu'à l'écrasement : son père et son mari.

 

Ecrasée par ces hommes qu'elle aime et par l'industrie musicale qui la transforme en une bête de foire qui doit enchainer tournées et concerts devant des dixaines de milliers de spectateurs affamés. On la comprend dépassée par les évènements,  de moins en moins fidèle à la tendre chanteuse de jazz qu'elle est intimement  et trop jeune pour tout ce vacarme. Je retiens cette phrase qui justifie le mieux cette misère dans la splendeur  "le jazz ça ne se chante pas devant 50 000 personnes" !

 

Malgré tout, le film montre aussi l'extraordinaire sensibilité artistique de cette jeune femme qui voulait sortir le jazz de sa dimension elitiste et rappeler ses racines populaires. Pour cela elle a su mettre dans sa voix à la fois l'hommage aux grandes chanteuses de jazz du passé et son accent de petite racaille de Londres. C'est là son génie. C'est pour cela qu'elle restera inoubliable.  Et c'est pourquoi en sortant de ce film on se dit qu'on est plus heureux de l'avoir connue que triste de la savoir partie.

 

 

 

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 12:31

 Non loin de Tombouctou, Abderrahmane Sissako nous raconte cette confrontation entre deux manières d'être musulmans en Afrique :  une paisible organisation culturelle et spirtuelle qui est celle des habitants de ce village, face à l'instrumentalisation du texte sacré pour imposer une loi totalitaire qui si elle était celle de Dieu n'aurait pas besoin de la menace des armes.

 

Je retiendrai de ce film la merveilleuse scène des jeunes garçons qui jouent au foot sans ballon, et qui accordent leur imaginaire pour poursuivre le jeu. Ils courent dans les mêmes directions, et peuvent encore marquer des buts selon ce à quoi rêve le gardien. Ils continuent donc de faire ce qu'ils aiment même s'ils sont privé des moyens matériels de le faire. Ils continuent d'entretenir ce qui les relie ensemble, en attendant que cette ombre de l'oppression passe son chemin...

 

Fiche : 

Date de sortie  (1h37min

Réalisé par Abderrahmane Sissako

Avec Ibrahim Ahmed dit Pino...

Genre Drame

Nationalité Français , mauritanien

 

   

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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 11:30

Le cinquième film de Dolan "Mommy" méritait sans doute la Palme d'Or à Cannes 2014. Même si cet insolent prodige du cinéma quebecquois agace plus d'un critique par son rapport au cinéma comparable à un rappeur dans l'égotrip. Je pense que si l'on écarte la caricature du jeune gay obsédé par sa mère, et que l'on regarde son oeuvre au delà de ce que peut représenter le jeune homme, force est de constater que nous avons affaire à un cinéma poétique, singulier et politique.

 

                           Poétique. Parce que c'est une jolie idée de mise en scène de partir d'un adolescent hyperactif aussi violent que passionément aimant, pour nous montrer à quel point nous pourrions vivre avec plus d'intensité et de joie. Certe l'homme social doit canaliser son aggressivité pour le bien être de la société, mais soyons vigilant quant au prix à payer en terme de liberté et de gôut de vivre.  Notre domestication à l'extrême, courante dans la majorité des sociétés modernes, risque de faire de nous des êtres sans reliefs, sans coeur, et sans passion.

 

Dolan a choisi le format carré qui me fait penser aux photos de famille que l'on regarde avec tendresse. Et qui finalement est un cadre qui est ajusté à l'Homme debout. J'y vois deux significations : La première étant que quelque soit la misère matérielle d'un individu, il est regardé par Dolan dans sa dignité d'être humain avec ce cadre qui lui restitue sa grandeur. Et aussi qu'il n'y a de bonheur possible qu'avec nos proches, les êtres auxquels nous sommes attachés, c'est à dire ceux qu'on aime regarder en photos.

 

C'est la force de la scène où la mère, le fils et la voisine dansent dans la cuisine sur du Celine Dion. Je pense que Dolan souhaite nous rappeler qu'on s'en fout du bon goût de la musique, qu'on s'en fout de manger des pâtes trop cuites, qu'on s'en fout d'être riche ou pauvre, car ce qui fait qu'on peut partager des moments de joie intense et se sentir vivants, c'est d'avoir un espace dans lequel s'exprimer avec liberté tout en étant acceuillit par les siens.

                                   

                                 Singulier. Parce que Dolan explore dans son cinéma  la question de l'attachement qui dépend souvent du rapport à notre mère, certes ;  mais surtout il nous invite à être libre de nos attachements qui peuvent être protéiformes et pas forcement fondés sur l'amour romantique, le désir charnel, ou l'envie d'une famille.  Ici il y a un lien profond qui se tisse entre deux femmes qui sont a priori de simples voisines. Elles aiment être ensemble sans justification particulière, mais comme le dira Diane "Ne crois pas que ce n'est pas important pour moi". Cette relation d'amitié semble plus riche et profonde que la relation qu'elles entretiennent avec les pères de leur enfant repsectif.  Et la séparation entre ces deux femmes  sera déchirante comme un rappel du sentiment d'abandon orginel. Ainsi Dolan nous invite à reconnaitre l'amour partout où il se présente, et justement pas là où on nous enjoint de l'attendre.

 

C'était déjà le cas dans "Tom à la ferme", quand le frère du defunt et l'ex-petit ami de ce dernier se lient étrangement autour du fait qu'ils représentent chacun à leur manière une mémoire de l'être aimé qui est mort. Rien d'autre ne semble fonder la dépendance qu'ils éprouvent l'un vers l'autre. Puisqu'il n'y a a priori aucune affinité entre ce campagnard brutal et homophobe et ce bobo gay urbain qui bosse dans une agence de pub.

 

Ainsi Dolan nous enjoint à aimer oui pour le meilleur et pour le pire, mais qui l'on veut, à sa manière, et sans schéma préconçu ! Comme le philosophe Kierkegaard soulignait que plaider l'amour le discédite toujours.

 

Dans Mommy le contraste est plus dans les caractères. Diane, mère célibataire et précaire, est complètement extravertie, drôle et bavarde au possible. Quand Keyla, la voisine, a fondée une famille classique avec un mari informaticien, mais elle est begue et s'exprime avec difficulté. Pourtant c'est au milieu de cette mère et de ce fils suréxcité que Keyla va retrouver sa joie de vivre et du sens à son quotidien. Quand elle s'oppose avec colère au débordement du gamin on se demande si elle n'a pas été, elle aussi, plus jeune une enfant bipolaire qui a force de se polisser pour convenir aux autres a fini par inhiber sa parole ?

 

                             Politique. Parce que Dolan sublime la représentation des gens de condition modeste qu'ils nous montrent comme des héros des temps modernes. Héroïne, parce cette mère célibataire et précaire ne se laisse pas dévaloriser par cette condition fragile : elle garde sa fantaisie (son look kitch est totalement assumé et joyeux), son humour (donc un recul sur ce qu'elle représente pour les gens qui craignent sa condition), et son espoir - l'essentiel - puisque c'est le sentiment qui unit une foi en soi et en la vie.

 

Fiche :

 

Date de sortie  (2h18min
Réalisé par
Avec  plus
Genre Drame
Nationalité Canadien
Date de sortie  (2h18min
Réalisé par
Avec  plus
Genre Drame
Nationalité Canadien

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Published by Lila - dans 2014
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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 12:14

Ce film ukrainien est une sacrée expérience de cinéma ! Deux heures dans le monde des sourds et muets, sans dialogue ni sous titre. Par la force de l'expression des corps, et des mises en situation, on ressent cette histoire avec la profondeur du silence. Ces handicapés qui ont basculés du côté du crime, sont mis en scène dans leur puissance : argent, sexe et violence.

 

 

Dès la première scène du film, je comprends que c'est à moi d'écrire les dialogues. Je vais regarder un film pour lequel j'aurais une marge d'interprétation énorme pour ce que j'imagine du discours des personnages. Et en même temps je ressors avec le sentiment que les mots sont inutiles tant les attitudes et les situations sont univoques.

 

Un gang de jeunes sourds et muets gagnent de l'argent en prostituant deux filles auprès des chauffeurs routiers qui passent la nuit dans leur camion. Le héro, un adolescent timide, gagne sa place dans le groupe quand il démontre sa résistance au combat. Il devient alors celui qui accompagne les filles la nuit.

 

Avec l'une d'elle il découvre le réconfort de l'acte sexuel. Le bonheur qu'il ressent à ce moment là, même s'il est tarifé, déclenche chez lui comme une puissante addiction. Il devient près à tout pour retrouver une proximité avec cette brulante jeune fille qu'il a dans la peau.

 

Une tenue de caméra virtuose qui nous fait pénétrer un microcosme troublant de force et de fragilité à la fois. Une représentation si réaliste de ces jeunes filles qui se prostituent comme si c'était une fatalité, sans que cela ne les prive de la joie, de l'amitié et de l'espoir d'une vie meilleure au delà de l'Ukraine.

 

Les sourds et muets sont obligés de se regarder pour échanger. Il a une sorte d'obligation de faire face. Faire face à l'autre, face à la société de laquelle ils sont exclus, face à leur condition misérable. Il semble que cela rend sensible et fort... ou dément. Ici notre timide héro finit par basculer dans une folie destructrice.

 

Car finalement, être sourd et muet dans une société où règne la loi du plus fort, c'est comme être une jolie jeune fille dans la pénombre des nuits de vieux camionneurs esseulés : un immense gâchis !

 

Fiche :

Date de sortie 1 octobre 2014 (2h12min)

Réalisé par Myroslav Slaboshpytskiy

Avec Grigoriy Fesenko, Yana Novikova, Rosa Babiy plus

Genre Drame

Nationalité Ukrainien , néerlandais

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Published by Lila - dans 2014
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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 18:45

Un film sur des retrouvailles entre frères dans le cadre d'une représentation originale de la communauté gitane ou plus précisément des Yédiches, peuple semi-nomade d'Europe. Fred le "chouraveur" sort de prison et retrouve les siens, peu disposés à l'accueillir maintenant qu'ils sont convertis au christianisme et gagnent leur vie honnêtement.

 

Jason s'apprête à célébrer son baptême chrétien quand Fred son demi-frère sort de 15 ans de prison. Il a attendu si longtemps le retour du frère légendaire qui volait des chariots entiers d'aliments pour nourrir la famille. Alors difficile de dire non quand ce dernier propose un casse qui les mettra à l'abris pour le restant de leur vie.

Enfin surtout pour l'aventure et pour partager un moment fort entre frangins. Ils partent à quatre sur la route, les trois frères et un jeune homme chrétien qui dit vouloir veiller sur Fred même si on comprend sa nostalgie du temps où être gitan correspondait un mode de vie plus exaltant.

On devine que ça va mal tourner... que la tranquillité de la communauté est en danger comme la belle chemise blanche de Jason pour son baptême se trouve tâchée de cendres dans la minute où il l'a enfilé.

Sur la route vers le cuivre à voler, la force de leur sentiment est palpable avant tout lors des rapports de force pour décider de l'action ou face à l'adversité. Mais leur expression orale, en yediche (non sous-tirés) semble se limiter aux embrouilles, aux insultes, ou à de vulgaires histoires de fesses.

Ce qui contraste puissamment avec le discours qu'apporte la religion chrétienne lorsqu'on entend ces virils gens du voyage chanter des chansons niaises lors des cérémonies du dimanche...

Comme s'il fallait choisir entre un ordre paisible mais ennuyeux ou un désordre immorale mais plus fougeux ?

 

Fiche technique :

Date de sortie  (1h34min
Réalisé par
Avec  plus
Genre Drame
Nationalité Français

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Published by Lila - dans 2014
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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 19:36

 Dans les ghettos de Caracas au Vénezuela, un jeune garçon         sensible    rêve d'avoir les cheveux lisses comme un chanteur à la mode. Quand sa mère essaye d'élever seule ses deux enfants tout en essayant de faire face à un quotidien désenchanté (pauvreté, corruption, harcèlement sexuel..).

La délicatesse de son fils, doublé de son identité métisse lui font craindre des difficultés d'adaptation dans une société raciste et violente. Sa tentative à elle d'être aussi dur qu'un homme pour survivre est aussi laborieuse que l'innocent désir du garçon de raidir ses cheveux crépus.

 

J'ai eu l'honneur d'être invitée à la web émission Screener pour faire la chronique de se film. Alors je vous laisse l'écouter.

https://soundcloud.com/screener-espace-albatros/screener-emission-du-16-04-2014

Lila

 

Fiche :

Date de sortie  (1h33min
Réalisé par
Avec  plus
Genre Drame
Nationalité Vénézuélien

 

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Published by Lila - dans 2014
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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 12:41

 

touch-of-sin.jpgUne fresque sombre malgré quelques touches de lumière, qui ne dépeint pas uniquement la société chinoise, mais toute société dans laquelle l'individu doit se battre pour prendre sa place. Volonté inhérente à la condition sociale de l'homme ou particulièrement dramatique dans les sociétés individualistes ? Ma palme d'or 2013 !

 

Dans cette Chine à la culture communautariste, où il nous semble (de loin) que l'individu est pris en charge par son groupe et donc plus sécurisé que dans nos sociétés occidentales individualistes, le cinéaste Jia Zhan Ke prend le parti de montrer quatre destins d'individus esseulés. 


Le premier est un homme d'âge mur. Il semble a priori investi du noble rôle de syndicaliste, puisqu'il est animé d'un combat pour sauver les ouvriers de son usine. Cette dernière étant vouée a être rachetée par de riches industriels. Mais il s'avère rapidement que sa posture héroïque n'est que pur fantasme : 1) parce qu'il ne dispose d'aucun crédit de la part de ses collègues qui ménagent avant tout sa susceptibilité sans croire une seconde en ses veilléités d'action; et 2) parce qu'il n'est pas réaliste de croire qu'on puisse ne serait-ce qu'imaginer s'opposer aux transactions de puissants capitalistes sans être fou. 


Refusant d'intégrer une réalité contre laquelle il ne peut rien, obsédé par l'idée de préserver cette image héroïque de lui-même, humilié publiquement par ses nouveaux partrons, et moqué par les gens de son village, il bascule dans une folie meurtrière. Drapé d'une écharpe à l'effigie d'un lion, et armé d'une carabine il part sur les routes enneigées pour tuer les puissants et les siens aussi... Sa force de protection des autres devient force de destruction absurde. Il supprime ce qui s'oppose à sa représentation du monde tel qui devrait être,  pour préserver son monde intérieur en voie d'effondrement. Seul contre tous, il n'est plus qu'un lion pour lui-même. 

 

Le second personnage est un jeune homme plein de vitalité qui travaille en ville, également dans une usine. Victime du comportement abusif son chef, il a l'audace de démissionner pour aller travailler ailleurs. Il trouve un emploi de serveur dans un cabaret et tombe amoureux d'une prostituée. Encore un idéaliste pour lequel la réalité n'est pas soutenable et qui à la grande surprise du spectateur se jètera dans le vide en un instant. A cause de cette première déception d'un amour de jeunesse, ou parce qu'il s'avoue vaincu d'avance par un système qui ne peut que corrompre la justice et l'amour.


 

Le troisième homme est terrifiant. Il n'est pas fou, il n'est pas pauvre, il n'est pas faible, il a un foyer, une tendre femme et un enfant. Mais rien ne l'atteint, rien ne le touche. Comme emmuré dans une prison mental, son ennui est infini. Et la seule chose qui lui permet de se sentir vivant, c'est de tuer! Il parcourt les routes de Chine à la recherche d'assassinats à commettre froidement. Comme si c'était la seule expérience qui lui permettait de sentir sa présence au monde. Sa puissance d'être là. Mise en scène magnifique du père qui montre à son fils un feu d'artifice dans la nuit et qui tire en l'air avec son revolver. Comme pour initier l'enfant au plaisir de pouvoir tirer... de pouvoir tuer ?

 

Le dernier portrait est celui d'une femme. Elle est la maitresse d'un homme marié qui dit l'aimer sincèrement sans toutefois avoir le courage de quitter sa compagne. Elle décide de rompre cette relation vaine, quand une somme de drames s'abattent sur elle. La femme trompée la fait rouer de coups devant le lieu de son travail. Deux de ses  clients tentent de la violer au point qu'elle est obligé de poignarder l'un d'en eux.  Nous la voyons hébétée marcher dans les montagne enneigées telle un zombie que plus rien ne retient sur cette terre. De retour à son travail, une télé diffuse un documentaire sur le suicide chez les animaux. Tout nous pousse à croire qu'elle va mettre fin à ses jours. Quand nous la voyons dans un train, le look changé, les cheuveux coupés. Elle se rend dans une autre ville, pour travailler dans une autre usine. Elle recommence une autre vie.


La figure la plus vulnérable du film est finalement la seule qui résiste, dans le sens où elle va poursuivre sa vie - malgré tout - sans cruauté ni désespoir. Sans doute parce que c'était la personnalité la plus humblement réaliste, qui n'attendait de la vie ni idéal, ni toute puissance.

 

Ici Jia Zhang Ke fait échos à la thèse de Fritz Lang dans "M Le Maudit" ; à savoir qu'exister c'est toujours contre un l'autre. L'homme dans l'espace social dispose de ces deux potentialités extrêmes : tuer l'autre pour affirmer sa présence, ou se tuer soi-même quand il refuse le combat. Fritz Lang nous mettait face au paradoxe d'être à la fois coupable et innocent pour cela. Quand Jia Zhang Ke semble nous proposer une autre voie : oui il faut savoir tuer pour se défendre, et le reste du temps se servir de sa force pour... travailler!

 



Fiche :

Date de sortie 11 décembre 2013 (2h10min
Réalisé par
Avec  plus
Genre Drame
Nationalité Chinois , japonais


 


 

 

 


 

 

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Published by Lila - dans 2013
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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 17:00

 

 

laviedadele.jpgLa vie d'Adèle chapitre 1 et 2 est la Palme d'Or 2012. Ici Kechiche sait toujours admirablement filmer la jeunesse, et affirmer ses convictions politiques. Pour la sauvegarde de l'école publique ou la liberté d'aimer à sa manière. 

 

Adèle c'est le prénom de l'actrice, et c'est aussi le titre du film. Comme si la caméra de Kechiche avait donné la vie à cette jeune fille. Comme si Kechiche faisait exister cette créature à partir du nombre incalculables de gros plans sur elle : sur sa bouche entre ouverte en toute situation, ses cheveux qui tombent sur son visage, sa peau lumineuse ou rougie, son cul trop serré dans son jean ou fessé par Emma lors des longues scènes de sexe.

 

La fascination du cinéaste pour son atrice est évidente. Elle s'abandonnant et offrant tout à voir de ses formes sans retenue ; et dans une sorte de passivité totale. Avec un timbre de voix chaude qui contraste avec son apparente fragilité. Il y a d'elle une grâce qui s'échappe incontestablement, et qui fait d'Adèle l'actrice et d'Adèle le personnage romanesque la grande réussite de ce film. 

 

J'aime beaucoup la manière dont elle continu à aller travailler avec dignité malgré son profond désespoir amoureux.  La scène que je prèfère est celle où Adèle fait une danse africaine avec les petits enfants, en se forçant à paraître joyeuse tout en étant au bord de l'effondrement. Belle métaphore de l'entrée dans l'âge adulte où il n'y a pas d'autre possibilité que de faire face au monde malgré nos chagrins intimes accumulés.

 

Ce film est aussi un espoir réanimé envers la jeunesse d'aujourd'hui qui fera le monde de demain. Kechiche nous rassure : oui cette nouvelle génération continuera à aimer la littérature et la philosophie qui ne mourreront jamais malgré l'ère d'Internet. Et oui ils/elles continueront de mener des luttes collectives pour le maintien des progrès sociaux telle que l'école pour tous, malgré l'individualisme grandissant et la défiance envers le politique.

 

C'est aussi un magnifique plaidoyer pour banaliser l'homosexualité. Le montage qui met côte à côte les actes sexuels lesbiens et la relation d'Adèle avec les enfants de sa classe, semble vouloir dire qu'un individu homosexuel n'est pas de facto malsain ou pervers. Et que l'inquiétude de voir élever nos enfants par des homosexuels n'est pas fondée.


Mon seul bémôle est que je ne crois pas à la passion amoureuse d'Adèle avec Emma. Sans doute parce je ne crois pas au personnage d'Emma : lesbienne affirmée qui lisait Sartre dans sa jeunesse, d'éducation bourgoise, qui peint des nues de femmes (pas très beaux d'ailleurs) et qui finit par exposer dans une galerie prestigieuse. On dirait "Plus belle la vie" ! Peut-être que l'amour exclusif de Kechiche pour Adèle lui a fait négliger la construction du personnage de Léa... 

 

Contrairement à ce que répète la presse, je ne pense pas que Kechiche ait voulu dire qu'Emma et Adèle sont en rupture du fait de leur différence sociale. Je pense plutôt qu'Emma croit en la nécessité de l'art pour sublimer sa vie, alors qu'Adèle n'a pas besoin d'art puisqu'elle croit que l'amour va remplir sa vie. Et ce sont ces deux croyances qui les divisent. Qu'est-ce qui peut nous combler et réduire notre angoisse de la solitude: le monde abstrait des idées et la production d'oeuvres d'art ou bien la relation émotionnelle et charnelle à l'autre ?


Petite interprétation très personnelle. Je trouve que Kechiche filme Adèle avec beaucoup de désir, comme s'il voulait la manger morceau par morceau. Je me demande s'il n'exprime pas là justement le conflit du cineaste lui-même, à savoir qu'il est coincé entre sa satisfaction de produire un art abstrait (le cinéma) et le plaisir d'avoir pour matériaux l'humain (d'où une relation vicérale aux acteurs). Le cinéaste ne serait-il pas comme l'enfant innocent qui souhaite réunir ces deux idéaux : l'art et l'amour ? Malgré la triste vérité pratique qu'une passion pour l'un exclura systématiquement l'autre...

 


 

Fiche :

 

 

 


 



 

 

 


 


 

 

 

Vivement le chapitre 3.

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