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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 11:30

Le cinquième film de Dolan "Mommy" méritait sans doute la Palme d'Or à Cannes 2014. Même si cet insolent prodige du cinéma quebecquois agace plus d'un critique par son rapport au cinéma comparable à un rappeur dans l'égotrip. Je pense que si l'on écarte la caricature du jeune gay obsédé par sa mère, et que l'on regarde son oeuvre au delà de ce que peut représenter le jeune homme, force est de constater que nous avons affaire à un cinéma poétique, singulier et politique.

 

                           Poétique. Parce que c'est une jolie idée de mise en scène de partir d'un adolescent hyperactif aussi violent que passionément aimant, pour nous montrer à quel point nous pourrions vivre avec plus d'intensité et de joie. Certe l'homme social doit canaliser son aggressivité pour le bien être de la société, mais soyons vigilant quant au prix à payer en terme de liberté et de gôut de vivre.  Notre domestication à l'extrême, courante dans la majorité des sociétés modernes, risque de faire de nous des êtres sans reliefs, sans coeur, et sans passion.

 

Dolan a choisi le format carré qui me fait penser aux photos de famille que l'on regarde avec tendresse. Et qui finalement est un cadre qui est ajusté à l'Homme debout. J'y vois deux significations : La première étant que quelque soit la misère matérielle d'un individu, il est regardé par Dolan dans sa dignité d'être humain avec ce cadre qui lui restitue sa grandeur. Et aussi qu'il n'y a de bonheur possible qu'avec nos proches, les êtres auxquels nous sommes attachés, c'est à dire ceux qu'on aime regarder en photos.

 

C'est la force de la scène où la mère, le fils et la voisine dansent dans la cuisine sur du Celine Dion. Je pense que Dolan souhaite nous rappeler qu'on s'en fout du bon goût de la musique, qu'on s'en fout de manger des pâtes trop cuites, qu'on s'en fout d'être riche ou pauvre, car ce qui fait qu'on peut partager des moments de joie intense et se sentir vivants, c'est d'avoir un espace dans lequel s'exprimer avec liberté tout en étant acceuillit par les siens.

                                   

                                 Singulier. Parce que Dolan explore dans son cinéma  la question de l'attachement qui dépend souvent du rapport à notre mère, certes ;  mais surtout il nous invite à être libre de nos attachements qui peuvent être protéiformes et pas forcement fondés sur l'amour romantique, le désir charnel, ou l'envie d'une famille.  Ici il y a un lien profond qui se tisse entre deux femmes qui sont a priori de simples voisines. Elles aiment être ensemble sans justification particulière, mais comme le dira Diane "Ne crois pas que ce n'est pas important pour moi". Cette relation d'amitié semble plus riche et profonde que la relation qu'elles entretiennent avec les pères de leur enfant repsectif.  Et la séparation entre ces deux femmes  sera déchirante comme un rappel du sentiment d'abandon orginel. Ainsi Dolan nous invite à reconnaitre l'amour partout où il se présente, et justement pas là où on nous enjoint de l'attendre.

 

C'était déjà le cas dans "Tom à la ferme", quand le frère du defunt et l'ex-petit ami de ce dernier se lient étrangement autour du fait qu'ils représentent chacun à leur manière une mémoire de l'être aimé qui est mort. Rien d'autre ne semble fonder la dépendance qu'ils éprouvent l'un vers l'autre. Puisqu'il n'y a a priori aucune affinité entre ce campagnard brutal et homophobe et ce bobo gay urbain qui bosse dans une agence de pub.

 

Ainsi Dolan nous enjoint à aimer oui pour le meilleur et pour le pire, mais qui l'on veut, à sa manière, et sans schéma préconçu ! Comme le philosophe Kierkegaard soulignait que plaider l'amour le discédite toujours.

 

Dans Mommy le contraste est plus dans les caractères. Diane, mère célibataire et précaire, est complètement extravertie, drôle et bavarde au possible. Quand Keyla, la voisine, a fondée une famille classique avec un mari informaticien, mais elle est begue et s'exprime avec difficulté. Pourtant c'est au milieu de cette mère et de ce fils suréxcité que Keyla va retrouver sa joie de vivre et du sens à son quotidien. Quand elle s'oppose avec colère au débordement du gamin on se demande si elle n'a pas été, elle aussi, plus jeune une enfant bipolaire qui a force de se polisser pour convenir aux autres a fini par inhiber sa parole ?

 

                             Politique. Parce que Dolan sublime la représentation des gens de condition modeste qu'ils nous montrent comme des héros des temps modernes. Héroïne, parce cette mère célibataire et précaire ne se laisse pas dévaloriser par cette condition fragile : elle garde sa fantaisie (son look kitch est totalement assumé et joyeux), son humour (donc un recul sur ce qu'elle représente pour les gens qui craignent sa condition), et son espoir - l'essentiel - puisque c'est le sentiment qui unit une foi en soi et en la vie.

 

Fiche :

 

Date de sortie  (2h18min
Réalisé par
Avec  plus
Genre Drame
Nationalité Canadien
Date de sortie  (2h18min
Réalisé par
Avec  plus
Genre Drame
Nationalité Canadien

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Published by Lila - dans 2014
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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 12:14

Ce film ukrainien est une sacrée expérience de cinéma ! Deux heures dans le monde des sourds et muets, sans dialogue ni sous titre. Par la force de l'expression des corps, et des mises en situation, on ressent cette histoire avec la profondeur du silence. Ces handicapés qui ont basculés du côté du crime, sont mis en scène dans leur puissance : argent, sexe et violence.

 

 

Dès la première scène du film, je comprends que c'est à moi d'écrire les dialogues. Je vais regarder un film pour lequel j'aurais une marge d'interprétation énorme pour ce que j'imagine du discours des personnages. Et en même temps je ressors avec le sentiment que les mots sont inutiles tant les attitudes et les situations sont univoques.

 

Un gang de jeunes sourds et muets gagnent de l'argent en prostituant deux filles auprès des chauffeurs routiers qui passent la nuit dans leur camion. Le héro, un adolescent timide, gagne sa place dans le groupe quand il démontre sa résistance au combat. Il devient alors celui qui accompagne les filles la nuit.

 

Avec l'une d'elle il découvre le réconfort de l'acte sexuel. Le bonheur qu'il ressent à ce moment là, même s'il est tarifé, déclenche chez lui comme une puissante addiction. Il devient près à tout pour retrouver une proximité avec cette brulante jeune fille qu'il a dans la peau.

 

Une tenue de caméra virtuose qui nous fait pénétrer un microcosme troublant de force et de fragilité à la fois. Une représentation si réaliste de ces jeunes filles qui se prostituent comme si c'était une fatalité, sans que cela ne les prive de la joie, de l'amitié et de l'espoir d'une vie meilleure au delà de l'Ukraine.

 

Les sourds et muets sont obligés de se regarder pour échanger. Il a une sorte d'obligation de faire face. Faire face à l'autre, face à la société de laquelle ils sont exclus, face à leur condition misérable. Il semble que cela rend sensible et fort... ou dément. Ici notre timide héro finit par basculer dans une folie destructrice.

 

Car finalement, être sourd et muet dans une société où règne la loi du plus fort, c'est comme être une jolie jeune fille dans la pénombre des nuits de vieux camionneurs esseulés : un immense gâchis !

 

Fiche :

Date de sortie 1 octobre 2014 (2h12min)

Réalisé par Myroslav Slaboshpytskiy

Avec Grigoriy Fesenko, Yana Novikova, Rosa Babiy plus

Genre Drame

Nationalité Ukrainien , néerlandais

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Published by Lila - dans 2014
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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 18:45

Un film sur des retrouvailles entre frères dans le cadre d'une représentation originale de la communauté gitane ou plus précisément des Yédiches, peuple semi-nomade d'Europe. Fred le "chouraveur" sort de prison et retrouve les siens, peu disposés à l'accueillir maintenant qu'ils sont convertis au christianisme et gagnent leur vie honnêtement.

 

Jason s'apprête à célébrer son baptême chrétien quand Fred son demi-frère sort de 15 ans de prison. Il a attendu si longtemps le retour du frère légendaire qui volait des chariots entiers d'aliments pour nourrir la famille. Alors difficile de dire non quand ce dernier propose un casse qui les mettra à l'abris pour le restant de leur vie.

Enfin surtout pour l'aventure et pour partager un moment fort entre frangins. Ils partent à quatre sur la route, les trois frères et un jeune homme chrétien qui dit vouloir veiller sur Fred même si on comprend sa nostalgie du temps où être gitan correspondait un mode de vie plus exaltant.

On devine que ça va mal tourner... que la tranquillité de la communauté est en danger comme la belle chemise blanche de Jason pour son baptême se trouve tâchée de cendres dans la minute où il l'a enfilé.

Sur la route vers le cuivre à voler, la force de leur sentiment est palpable avant tout lors des rapports de force pour décider de l'action ou face à l'adversité. Mais leur expression orale, en yediche (non sous-tirés) semble se limiter aux embrouilles, aux insultes, ou à de vulgaires histoires de fesses.

Ce qui contraste puissamment avec le discours qu'apporte la religion chrétienne lorsqu'on entend ces virils gens du voyage chanter des chansons niaises lors des cérémonies du dimanche...

Comme s'il fallait choisir entre un ordre paisible mais ennuyeux ou un désordre immorale mais plus fougeux ?

 

Fiche technique :

Date de sortie  (1h34min
Réalisé par
Avec  plus
Genre Drame
Nationalité Français

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 19:36

 Dans les ghettos de Caracas au Vénezuela, un jeune garçon         sensible    rêve d'avoir les cheveux lisses comme un chanteur à la mode. Quand sa mère essaye d'élever seule ses deux enfants tout en essayant de faire face à un quotidien désenchanté (pauvreté, corruption, harcèlement sexuel..).

La délicatesse de son fils, doublé de son identité métisse lui font craindre des difficultés d'adaptation dans une société raciste et violente. Sa tentative à elle d'être aussi dur qu'un homme pour survivre est aussi laborieuse que l'innocent désir du garçon de raidir ses cheveux crépus.

 

J'ai eu l'honneur d'être invitée à la web émission Screener pour faire la chronique de se film. Alors je vous laisse l'écouter.

https://soundcloud.com/screener-espace-albatros/screener-emission-du-16-04-2014

Lila

 

Fiche :

Date de sortie  (1h33min
Réalisé par
Avec  plus
Genre Drame
Nationalité Vénézuélien

 

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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 12:41

 

touch-of-sin.jpgUne fresque sombre malgré quelques touches de lumière, qui ne dépeint pas uniquement la société chinoise, mais toute société dans laquelle l'individu doit se battre pour prendre sa place. Volonté inhérente à la condition sociale de l'homme ou particulièrement dramatique dans les sociétés individualistes ? Ma palme d'or 2013 !

 

Dans cette Chine à la culture communautariste, où il nous semble (de loin) que l'individu est pris en charge par son groupe et donc plus sécurisé que dans nos sociétés occidentales individualistes, le cinéaste Jia Zhan Ke prend le parti de montrer quatre destins d'individus esseulés. 


Le premier est un homme d'âge mur. Il semble a priori investi du noble rôle de syndicaliste, puisqu'il est animé d'un combat pour sauver les ouvriers de son usine. Cette dernière étant vouée a être rachetée par de riches industriels. Mais il s'avère rapidement que sa posture héroïque n'est que pur fantasme : 1) parce qu'il ne dispose d'aucun crédit de la part de ses collègues qui ménagent avant tout sa susceptibilité sans croire une seconde en ses veilléités d'action; et 2) parce qu'il n'est pas réaliste de croire qu'on puisse ne serait-ce qu'imaginer s'opposer aux transactions de puissants capitalistes sans être fou. 


Refusant d'intégrer une réalité contre laquelle il ne peut rien, obsédé par l'idée de préserver cette image héroïque de lui-même, humilié publiquement par ses nouveaux partrons, et moqué par les gens de son village, il bascule dans une folie meurtrière. Drapé d'une écharpe à l'effigie d'un lion, et armé d'une carabine il part sur les routes enneigées pour tuer les puissants et les siens aussi... Sa force de protection des autres devient force de destruction absurde. Il supprime ce qui s'oppose à sa représentation du monde tel qui devrait être,  pour préserver son monde intérieur en voie d'effondrement. Seul contre tous, il n'est plus qu'un lion pour lui-même. 

 

Le second personnage est un jeune homme plein de vitalité qui travaille en ville, également dans une usine. Victime du comportement abusif son chef, il a l'audace de démissionner pour aller travailler ailleurs. Il trouve un emploi de serveur dans un cabaret et tombe amoureux d'une prostituée. Encore un idéaliste pour lequel la réalité n'est pas soutenable et qui à la grande surprise du spectateur se jètera dans le vide en un instant. A cause de cette première déception d'un amour de jeunesse, ou parce qu'il s'avoue vaincu d'avance par un système qui ne peut que corrompre la justice et l'amour.


 

Le troisième homme est terrifiant. Il n'est pas fou, il n'est pas pauvre, il n'est pas faible, il a un foyer, une tendre femme et un enfant. Mais rien ne l'atteint, rien ne le touche. Comme emmuré dans une prison mental, son ennui est infini. Et la seule chose qui lui permet de se sentir vivant, c'est de tuer! Il parcourt les routes de Chine à la recherche d'assassinats à commettre froidement. Comme si c'était la seule expérience qui lui permettait de sentir sa présence au monde. Sa puissance d'être là. Mise en scène magnifique du père qui montre à son fils un feu d'artifice dans la nuit et qui tire en l'air avec son revolver. Comme pour initier l'enfant au plaisir de pouvoir tirer... de pouvoir tuer ?

 

Le dernier portrait est celui d'une femme. Elle est la maitresse d'un homme marié qui dit l'aimer sincèrement sans toutefois avoir le courage de quitter sa compagne. Elle décide de rompre cette relation vaine, quand une somme de drames s'abattent sur elle. La femme trompée la fait rouer de coups devant le lieu de son travail. Deux de ses  clients tentent de la violer au point qu'elle est obligé de poignarder l'un d'en eux.  Nous la voyons hébétée marcher dans les montagne enneigées telle un zombie que plus rien ne retient sur cette terre. De retour à son travail, une télé diffuse un documentaire sur le suicide chez les animaux. Tout nous pousse à croire qu'elle va mettre fin à ses jours. Quand nous la voyons dans un train, le look changé, les cheuveux coupés. Elle se rend dans une autre ville, pour travailler dans une autre usine. Elle recommence une autre vie.


La figure la plus vulnérable du film est finalement la seule qui résiste, dans le sens où elle va poursuivre sa vie - malgré tout - sans cruauté ni désespoir. Sans doute parce que c'était la personnalité la plus humblement réaliste, qui n'attendait de la vie ni idéal, ni toute puissance.

 

Ici Jia Zhang Ke fait échos à la thèse de Fritz Lang dans "M Le Maudit" ; à savoir qu'exister c'est toujours contre un l'autre. L'homme dans l'espace social dispose de ces deux potentialités extrêmes : tuer l'autre pour affirmer sa présence, ou se tuer soi-même quand il refuse le combat. Fritz Lang nous mettait face au paradoxe d'être à la fois coupable et innocent pour cela. Quand Jia Zhang Ke semble nous proposer une autre voie : oui il faut savoir tuer pour se défendre, et le reste du temps se servir de sa force pour... travailler!

 



Fiche :

Date de sortie 11 décembre 2013 (2h10min
Réalisé par
Avec  plus
Genre Drame
Nationalité Chinois , japonais


 


 

 

 


 

 

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Published by Lila - dans 2013
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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 17:00

 

 

laviedadele.jpgLa vie d'Adèle chapitre 1 et 2 est la Palme d'Or 2012. Ici Kechiche sait toujours admirablement filmer la jeunesse, et affirmer ses convictions politiques. Pour la sauvegarde de l'école publique ou la liberté d'aimer à sa manière. 

 

Adèle c'est le prénom de l'actrice, et c'est aussi le titre du film. Comme si la caméra de Kechiche avait donné la vie à cette jeune fille. Comme si Kechiche faisait exister cette créature à partir du nombre incalculables de gros plans sur elle : sur sa bouche entre ouverte en toute situation, ses cheveux qui tombent sur son visage, sa peau lumineuse ou rougie, son cul trop serré dans son jean ou fessé par Emma lors des longues scènes de sexe.

 

La fascination du cinéaste pour son atrice est évidente. Elle s'abandonnant et offrant tout à voir de ses formes sans retenue ; et dans une sorte de passivité totale. Avec un timbre de voix chaude qui contraste avec son apparente fragilité. Il y a d'elle une grâce qui s'échappe incontestablement, et qui fait d'Adèle l'actrice et d'Adèle le personnage romanesque la grande réussite de ce film. 

 

J'aime beaucoup la manière dont elle continu à aller travailler avec dignité malgré son profond désespoir amoureux.  La scène que je prèfère est celle où Adèle fait une danse africaine avec les petits enfants, en se forçant à paraître joyeuse tout en étant au bord de l'effondrement. Belle métaphore de l'entrée dans l'âge adulte où il n'y a pas d'autre possibilité que de faire face au monde malgré nos chagrins intimes accumulés.

 

Ce film est aussi un espoir réanimé envers la jeunesse d'aujourd'hui qui fera le monde de demain. Kechiche nous rassure : oui cette nouvelle génération continuera à aimer la littérature et la philosophie qui ne mourreront jamais malgré l'ère d'Internet. Et oui ils/elles continueront de mener des luttes collectives pour le maintien des progrès sociaux telle que l'école pour tous, malgré l'individualisme grandissant et la défiance envers le politique.

 

C'est aussi un magnifique plaidoyer pour banaliser l'homosexualité. Le montage qui met côte à côte les actes sexuels lesbiens et la relation d'Adèle avec les enfants de sa classe, semble vouloir dire qu'un individu homosexuel n'est pas de facto malsain ou pervers. Et que l'inquiétude de voir élever nos enfants par des homosexuels n'est pas fondée.


Mon seul bémôle est que je ne crois pas à la passion amoureuse d'Adèle avec Emma. Sans doute parce je ne crois pas au personnage d'Emma : lesbienne affirmée qui lisait Sartre dans sa jeunesse, d'éducation bourgoise, qui peint des nues de femmes (pas très beaux d'ailleurs) et qui finit par exposer dans une galerie prestigieuse. On dirait "Plus belle la vie" ! Peut-être que l'amour exclusif de Kechiche pour Adèle lui a fait négliger la construction du personnage de Léa... 

 

Contrairement à ce que répète la presse, je ne pense pas que Kechiche ait voulu dire qu'Emma et Adèle sont en rupture du fait de leur différence sociale. Je pense plutôt qu'Emma croit en la nécessité de l'art pour sublimer sa vie, alors qu'Adèle n'a pas besoin d'art puisqu'elle croit que l'amour va remplir sa vie. Et ce sont ces deux croyances qui les divisent. Qu'est-ce qui peut nous combler et réduire notre angoisse de la solitude: le monde abstrait des idées et la production d'oeuvres d'art ou bien la relation émotionnelle et charnelle à l'autre ?


Petite interprétation très personnelle. Je trouve que Kechiche filme Adèle avec beaucoup de désir, comme s'il voulait la manger morceau par morceau. Je me demande s'il n'exprime pas là justement le conflit du cineaste lui-même, à savoir qu'il est coincé entre sa satisfaction de produire un art abstrait (le cinéma) et le plaisir d'avoir pour matériaux l'humain (d'où une relation vicérale aux acteurs). Le cinéaste ne serait-il pas comme l'enfant innocent qui souhaite réunir ces deux idéaux : l'art et l'amour ? Malgré la triste vérité pratique qu'une passion pour l'un exclura systématiquement l'autre...

 


 

Fiche :

 

 

 


 



 

 

 


 


 

 

 

Vivement le chapitre 3.

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 21:43

stoker.jpgUne esthétique sublime, de la danse de ce trio infernal aux tenues si raffinées de la jeune fille.  Un hommage au cinéma d'Hitchcock. La forme est aussi pure  que les personnalités sont noires. Un film sur le déterminisme implacable de mal au delà des apparences...


Un début poétique de cette jeune femme, jupe flottant dans le vent, qui déclare avoir enfin compris qu'être libre c'est être soi-meme. Injonction qui interpelle tant on espère tous atteindre cette grâce... Sauf qu'ici c'est vers l'acceptation de ses pulsions destructrices que la jeune femme s'envole. Tel un rite initiatique du passage de l'adolescente introvertie à la femme désirante.

Le père meurt, l'oncle vient consoler la mère et la fille en deuil. Ils sont 3 dans cette grande maison luxueuse. Un triangle qui annonce rivalité et conflit.

Une mère médiocre qui séduit le frère de son défunt mari. Un oncle pervers qui révèle à la fille son propre goût a la transgresserions et du crime. Une analogie entre faire le mal et la décourverte de la jouissance sexuelle, comme s'il fallait accepter l'un pour pouvoir acceuillir l'autre. Un plaisir d'être là toujours au détriment d'autrui.

Par delà le bien et le mal, ce film montre avec  un certain mysticisme - et c'est là que Park Chaa-wook se distingue d'Hitchcock qui aurait sans doute des personnalités plus stéréotipées -  les rouages de l'avenenant de personnalités perverses. Selon le parti pris que cela serait déterminé depuis la tendre enfance. Lacanien, certes, mais tellement pessimiste sur la nature humaine... Puisque qu'aucune figure positive ou capable de résistance n'apparaît dans cette histoire.

Cela peut faire échos à Orange Mécanique de Kubrick où le héros sans aucune morale se livrait a toutes ses pulsions nocives mais contre une société qui tente à tout prix de le réfréner.
Ou bien rappelle le déterminisme de la paranoïa destructrice qui s'abat implacablement  chez le protagoniste de Take Shelter - Jeff Nichols (2012) . Mais ce dernier tente de comprendre et de se batttre.

Je déplore que Stocker explore la perversité pour elle même, sans contre-point ni opposition. Et qu'il fasse une analogie risquée entre le plaisir sexuelle de la femme et sa capacité à détruire. Même si point d'un point de vue formel ce film est parfait !

 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 16:26

a-la-merveille.jpgLe titre "A la merveille" est loin de ce que j'ai ressenti de ce film, qui aborde selon moi un des thèmes les plus tristes et sourds qui soit: comment être seuls à deux. Difficile d'oser critiquer ce grand cinéaste qu'est Terrence Malick, mais le choix des situations et des dialogues intérpèlent...

 

Les premiers plans du films montrent deux amoureux qui se baladent à Paris ou en bord de mer, échangeant des gestes et mots doux à la limite du ridicule. C'était tellement incroyable pour moi de penser que j'assistais à du Terrence Malick que j'ai cru que c'était un court-métrage français d'avant la projection. Je dis même à une amie qui arrive en retard "Pas de soucis le film n'a pas commencé, c'est un court-métrage ennuyeux qui va bientôt se terminé". Puis je réalise que le hasard d'avoir Ben Affleck dans le deux histoires est tout de même étrange...


L'ennuie n'est pas passé j'avoue. Même si j'aime bien le côté abstrait de ce genre de film qui laisse libre court à toutes nos interprétations. Mais la grâce de  The tree of life - Terrence Malick (2011) n'est pas présente ici.


Les figures masculines et féminines sont si radicales. L'homme fort et muet qui est asséché sentimentalement. La femme qui est la nature, gambade avec vitalité dans les près. Elle est pleine d'un amour que l'homme est incapable d'acceuillir.


Les mots bibliques semblent louer l'amour vers quoi il faudrait tendre à tout prix. Pourtant la femme touchée par cette grâce de savoir aimer est quand même à genoux devant l'homme, sans qui elle est réduite à néant.


Est tout de même réussi cette ambiance de couple raté. Qui malgré le glamour apparent n'a pas d'autres échanges que celui des corps. Ils paraissent être implacablement étrangers l'un à l'autre.  Mais alors se dégage de cette atmosphère le sentiment qu'il y a un désespoir infini à se sentir seul à deux. C'est si pessimiste, peut-être si contemporain...


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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 15:12

No.jpg"NO", du réalisateur chilien Pablo Larrain, promettait d'être un film passionnant, abordant les collusions pour une fois positive du politique et des médias. Positive dans le sens où la publicité est la figure héroïque qui va destabiliser la dictature d'Augusto Pinochet. Et pourtant, NO ce n'est pas un film passionant!

 

La réalisation stylisée façon reportage TV des années 80 nous met dans l'ambiance d'une histoire pas si lointaine. Le talentueux Gael Garcia Bernal porte l'intrigue. En dehors de lui les autres acteurs me font l'effet d'un téléfilm. L'ambiance générale est fraiche et le sujet choisi d'une rare richesse. Pourtant ce film dénote sur plusieurs aspects.

 

Sur le fond, je comprends que la moral de l'histoire est qu'il est possible d'être un résistant sans avoir aucune conscience politique. C'est le cas du héros qui souhaite faire des publicités contre le référendum de Pinochet selon une stratégie des codes publicitaires classiques, avec des messages positifs, et refusant l'autérité de messages qui dénoncent les exations de la dictature. Or ce parti pris n'est pas vraiment crédible. Si le génial publicitaire, René Saavedra, souhaite faire une campagne joyeuse, il travaille aussi en collaboration avec d'autres personnes plus engagées qui amènent cette dimention contestataire dans la campagne pour le NON. Le film fait du publicitaire apolitique le héros de la victoire, alors que rien ne dit que les chiliens n'ont pas avant tout été sensibles au messages qui ont dénoncé Pinochet.

 

Aussi, les proches de Pinochet sont représentés comme des gouvernants ridicules et déconnectés de leur époque, mais sans rien de si inquiétants. On en oublierait preque que le régime de Pinochet c'est 3200 morts et disparus, et plus de 38 000 torturés !  


Sur la forme, l'intensité du film ne monte pas créscendo mais reste assez plate tout du long. Sans aucun moment vraiment émouvant. Essentiellement parce que le montage trop haché ne laisse pas de place au temps nécessaire au développement d'une émotion.


Il y a aussi pas mal de confusion dans le scénario, on ne comprend pas bien la relation entre René et le responsable de la campagne du OUI, qui est parfois menaçant avec lui et parfois amical. La dernière scène n'est pas clair puisqu'il semble que Réné, après la victoire du NON, retourne travailler pour les anciens du gouvernement ??  D'ailleurs je n'ai jamais vu une salle de spectateurs aussi attentive au générique de fin. Je crois que frustré par cet épilogue étrange, ils attendaient encore une ultime conclusion même après le noir de fin !

 

Bref, je ne retiendrais qu'une scène très réussie de Gael Garcia Bernal qui dévale en squate board les rues ensoleillées, donnant un sentiment de liberté et de bonheur incroyable. A me vendre le regret de ne pas avoir vécu au Chili dans les années 80...


Fiche :

Date de sortie 6 mars 2013 (1h 57min

 

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Published by Lila - dans 2013
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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 09:03

take-shelter.jpgLa maladie psychique est une catastrophe naturelle. De la même manière que s'il était face à une tempête dévastatrice ou à un raz de marée, face à la psychose l'homme ne peut absolument rien. Malgré tous ses talents, ni la science (la chimie du psychiatre), ni l'amour (le dévouement de sa femme), rien ne peut empêcher un homme, tel que Curtis dans ce film, de sombrer dans le délire paranoïaque qui semble être inscrit dans son destin de manière implacable. 

 

Curtis pressent l'arrivée de catastrophes naturelles imminentes. Il interprète le moindre assombrissement du ciel, la moindre agitation d'un essaim d'oiseaux comme les signes de dangers qui vont entrainer l'effondrement du monde. Parce que son monde intérieur est en train de s'effondrer.

 

Il est alors obsédé par l'idée de construire un abris (a shelter) dans les bas-fonds de son jardin. Et à cause de cette obsession, il va perdre son travail, il va ruiner sa famille et il va mettre en péril la possibilité de soigner sa fille sourde et muette. La psychose commence à tout ravager sur son passage ! Cet abris sous-terrain est la métaphore des derniers retranchements de sa psychée qui bascule peu à peu dans les ténèbres. C'est un endroit retiré du monde, sombre, et éclairé par une faible lampe. Son abris est le dernier refuge pour lequel il se bat, comme il se bas avec courage pour resister à cette folie qui l'embarque malgré lui.

 

Et malgré le puissant amour de sa femme aussi (la douce et si maternelle Jessica Chastain). De la même manière que dans 'L'Enfer' de Chabrol, il est très émouvant de voir cette femme qui accompagne la détresse de son mari qui bascule, sans que l'amour ne puisse rien y changer.

 

La maladie psychique est une catastrophe naturelle. Naturelle dans le sens où c'est finalement une protection qui n'est pas si insensée face à la cruauté du monde. L'homme face à l'univers, face à sa faiblesse infinie et à l'idée de sa propre mort et celle à venir de ceux qu'il aime, n'a-t-il pas finalement RAISON d'avoir peur. Curtis n'est-il pas finalement celui qui voit clair, quand tous les autres s'occupent à de futiles activités ? Ou bien est-ce celui qui n'accepte pas son impuissance face à l'inexorable fin de ce qu'il aime ? 

 

Sur le même thème que deux autres films primés à Cannes en 2011,  'The tree of life''  de Terrence Malik et 'Melancholia' de Lars Von Tier, 'Take Shelter' évoque le mystère à double tranchant de l'homme face à l'univers. Dans 'Melancholia', Justine qui sombre dans la mélancholie parait également avoir une lucidité hors norme ; et ce n'est pas la science mais la volonté de protéger l'enfant qui permet de se raconter des histoires pour feindre de ne pas avoir peur de la mort. Dans 'The Tree of life', le rapport à l'infinie est plus poétique et rend la présence de l'homme ici-bas merveilleuse. Et là encore, c'est le lien à l'autre, et plus particulièrement à la famille, qui permet de donner du sens à l'étrangeté de la condition humaine.

 

'Take Shelter' montre avec brio que notre rapport au monde et lié à notre rapport aux autres et donc à la question d'interprétation collective de signes. La fille sourde et muette, enfermée dans une certaine solitude, intéragit avec sa mère et son père parce qu'elle partage un langage de signes en commun. Par contre Curtis ne partage plus avec personne l'interprétation de ce qu'il voit. La paranoïa, aussi appelée maladie de l'interprétation, met ici en évidence, que la folie ne consiste pas à sur-interpréter le réel (car nous le faisons tous) mais à ne plus trouver d'interlocuteur capable de partager notre interprétation d'un signe. La psychose entraine surtout une incommunicabilité, et par conséquent une réelle solitude et donc d'être écraser par l'univers.

 

La remarquable prestation de Michael Shannon, dont le visage se déforme au fur et à mesure du film, contribue largement à comprendre quelle compassion on peut avoir pour un homme qui sombre dans la paranoïa, malgré sa formidable capacité de destruction. Et s'il devait y avoir une morale, ce film nous montre avec tendrese à quel point le psychotique n'est pas un monstre mais au contraire profondemment humain, voir trop humain...

 

 

Fiche : 

  • Date de sortie
    4 janvier 2012 (2h 00min)
  • Réalisé par
  • Avec
  • Genre
  • Nationalité

    Synopsis et détails

    Curtis LaForche mène une vie paisible avec sa femme et sa fille quand il devient sujet à de violents cauchemars. La menace d'une tornade l'obsède. Des visions apocalyptiques envahissent peu à peu son esprit. Son comportement inexplicable fragilise son couple et provoque l'incompréhension de ses proches. Rien ne peut en effet vaincre la terreur qui l'habite...

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Published by Lila - dans 2012
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