Partager l'article ! The dangerous method - David Cronenberg (2012): Une méthode dangereuse, pour qui ? Pour ceux qu'elle libère de leur traumatisme, non. Alors ...
Une méthode
dangereuse, pour qui ? Pour ceux qu'elle libère de leur traumatisme, non. Alors pour l'humain en général, qui est déchu de son titre de maître de la nature depuis que Freud a mis en évidence
qu'il ne se maîtrisait déjà pas lui-même. En effet, la découverte de l'inconscient implique d'accepter que nous sommes aussi gouvernés par des forces
obscures qui nous échappent.
La psychanalyse est une œuvre initiée par un homme, Freud, qui aspire à comprendre l'humain sous l'angle du langage. Et strictement sur cette base du discours qu'il reçoit de ses patients.
C'est malicieux, de la part de Cronenberg, de centrer la narration du film sur Jung, disciple puis adversaire de Freud, plutôt que sur Freud lui-même. Comme Milos Forman a positionné le compositeur Saliéri comme protagoniste du film Amadeus pour mettre en relief Mozart. Ainsi, au lieu de montrer ce qu'est la psychanalyse, Jung permet de mettre en lumière ce qu'elle ne doit pas être. Freud tente d'être dans une démarche scientifique puisqu'il récolte des éléments d'analyse du réel pour en déduire des lois de comportement. Quand Jung, trop attaché à l'intuition, dérive vers une pensée plus ésotérique et mystique. Finalement, il y a un désir de toute puissance chez Jung et davantage de modestie chez Freud malgré le génie de ce dernier.
Mais le film ne condamne pas Jung pour autant. Il s'achève d'ailleurs sur l'intuition qu'a eu Jung sur l'arrivée de la seconde guerre mondiale. Comme pour dire que l'intuition n'est pas forcement à exclure, car la psychée humaine recèle des mécanismes mystérieux et encore inexplorés. Mais par soucis de limiter les confusions la psychanalyse oblige à une certaine rigueur et donc à un champ d'étude précis et bien délimité.
Keyra Knightley fait une jolie prestation de femme hystérique. Enfin peut-être trop jolie... La folie ne la déforme jamais complètement (ou bien je suis jalouse de sa télégénique à toute épreuve). Toutefois, on saluera ici la réhabilitation de Sabina Spielrein, oubliée de l'histoire de la psychanalyse et qui a pourtant soufflé à Freud le concept fondamental de pulsion de mort.
Ce film présente une belle recomposition esthétique du début du XXe siècle avec ses voyages en calèche, ses femmes apprêtées, et ses meubles en bois précieux. Enfin, pour les gens de la "haute"... Car le pan plus modeste de la société n'apparaît jamais ici. Ce qui peut conforter l'idée que la psychanalyse serait un luxe pour enfants gâtés qui souffrent de vieillir. Dommage car c'est bien plus que cela. C'est une exploration de l'être sans concession avec la promesse de libérer certains d'entre nous du poids de leur enfance pour s'autoriser à vivre pleinement, c'est à dire, comme le disait Freud à "jouer sa partie, dire son récit, répondre au monde à sa façon, aimer et travailler".
Fiche :
Sabina Spielrein, une jeune femme souffrant d'hystérie, est soignée par le psychanalyste Carl Jung. Elle devient bientôt sa maîtresse en même temps que sa patiente. Leur relation est révélée lorsque Sabina rentre en contact avec Sigmund Freud...
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